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samedi 26 septembre 2009

L’eau ou la brume d’argent ? Le miroir, passage vers un autre monde.

Ceci est la suite d'une série de billets sur le miroir.
(Voir Narcissisme, ainsi que Vérité et Vanité)


Le miroir aussi le symbole d'une porte, d'une limite vers un autre monde, particulièrement mis en valeur dans Alice au pays des merveilles.

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Illustration : Sir John Tenniel, 1865

« Faisons semblant que le verre soit devenu aussi mou que de la gaze pour que nous puissions passer à travers. Mais, ma parole, voilà qu'il se transforme en une sorte de brouillard ! Ça va être assez facile de passer à travers... » Pendant qu'elle disait ces mots, elle se trouvait debout sur le dessus de la cheminée, sans trop savoir comment elle était venue là. Et, en vérité, le verre commençait bel et bien à disparaître, exactement comme une brume d'argent brillante.
(Extrait de De l'autre côté du miroir, Lewis Carroll)


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Photos : Elena Kalis, via


Parce qu'il nous renvoie une image de la réalité, une image inversée, et une image seulement, qu'on peut concevoir mais où on ne peut entrer, le miroir est souvent perçu comme une porte vers un monde parallèle, voire vers l'au-delà.
Les vampires, corps sans âme, sont censés n'avoir pas de reflets dans les miroirs.

Cocteau, lui aussi, utilise beaucoup les miroirs, et dans plusieurs de ses films (Ainsi comme montreur de la réalité dans La Belle et la bête, mais surtout dans Orphée aux Enfers ou dans La mort d’un poète)

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"Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images." (Jean Cocteau)

Et plus que vers un "autre monde", il s'agit là de "l'autre monde", l'au-delà, le pays des morts.


Orphée
envoyé par elphi69

L'image du miroir aquatique est reprise dans plusieurs films, entre autre dans Stargate, où la porte qui mène vers un autre monde est d'eau.

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Le miroir, l'eau, le reflet, l'insaisissable reflet, comme l'image d'un étrangement proche mais inatteignable ailleurs.

mardi 23 juin 2009

Vérité et Vanité

Pour la première partie sur les miroirs, voir Narcissisme

Louis XIV fuyait les miroirs tant il craignait l’insolation.
(Fatras, Jacques Prévert)


"Miroir, mon beau miroir, dis moi qui est la plus belle… ?"
Qui n’a jamais entendu la phrase de la belle-mère de Blanche-neige ?

Objet longtemps mystérieux et luxueux, le miroir fascine la coquette, l’orgueilleux.
Il favorise le penchant pour l’adoration de sa propre image, et symbolise la vanité.


"Et le miroir répondait :
Madame la reine, vous êtes la plus belle.
Alors elle était contente, car elle savait que le miroir disait la vérité."

Le miroir classique (plan) renvoie une image fidèle (mais inversée) de la personne qui se regarde dedans, et on le retrouve souvent associé à la vérité.
Mais il est incapable de mentir, c'est ainsi que le miroir de la marâtre -toujours dans le même conte des frères Grimm- lui apprend que Blanche-Neige la surpasse en beauté, et qu'elle n'est pas morte contrairement aux ordres qu'elle a passés.

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Monica Bellucci dans le film Grimm de Terry Gilliam (2005), interprète une méchante sorcière obnubilée par son physique et sa jeunesse éternelle. Le miroir brisé va lui renvoyer une image brisée d’elle-même, et par ricochet la réduire à néant.
VANITAS VANITATUM...
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(Renée Faure dans Torrents, 1947)

Mais en ce qui concerne les miroirs magiques, avez-vous aussi entendu parler de ceux des châteaux de Hluboká, et de Rožmberk en république Tchèque ? : On raconte que « Quelle que dame qui se regarderait dedans ce miroir magique subirait un rajeunissement significatif et accéderait à une beauté renversante mais à la stricte condition de ne plus jamais se regarder dans un miroir. » (source)


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Vérité ou Réalité ?


Dans le film parodique Shrek, on retrouve le miroir de Blanche-neige, enlevé par un méchant roi.
Il est à la fois doué de parole et capable par l'image de révéler des vérités lointaines.

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Toujours dans le registre des contes, un autre miroir, celui que la Bête donne à la Belle (La Belle et la Bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont) révèle des vérités invisibles ou lointaines :

« Hélas ! dit-elle, en soupirant, je ne souhaite rien que de voir mon pauvre père, et de savoir ce qu’il fait à présent : elle avait dit cela en elle-même. Quelle fut sa surprise, en jetant les yeux sur un grand miroir, d’y voir sa maison, où son père arrivait avec un visage extrêmement triste… »
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(Photos du film de J. Cocteau (1946)

On touche là à ce qui pourrait être un sujet de philo au bac : est-ce la Vérité ou la Réalité que nous montre ce (ces) miroir(s) ?

Un aparté moderne : Un miroir parlant détecteur de sécurité...

à suivre...

lundi 20 avril 2009

Narcissisme

Un Orphée narcissique, Jean Marais dans le film de Jean Cocteau, Orphée aux Enfers. (Petit mot à l'attention de Bridget : Patience, ce n'est qu'un début...;-)

Près de là était une fontaine dont l'eau pure, argentée, inconnue aux bergers, n'avait jamais été troublée ni par les chèvres qui paissent sur les montagnes, ni par les troupeaux des environs.

Narcisse vint s'asseoir, attiré par la beauté, la fraîcheur, et le silence de ces lieux. Mais tandis qu'il apaise la soif qui le dévore, il sent naître une autre soif plus dévorante encore. Séduit par son image réfléchie dans l'onde, il devient épris de sa propre beauté.

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Mais si la glace se trouble, le reflet disparait et le pauvre Narcisse en mourra de douleur de ne plus voir l'image aimée.
Asylum – Narcisse
Exposé du 3 Avril au 23 Mai 2009, Tools Galerie


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- A gauche, Narcisse par Mathieu Lehanneur
"Assouvir jusqu’à l’écœurement nos besoins de narcissisme."
"Miroir liquide. A l’état initial, la surface est plane et reflète sans déformation. Lorsqu’on s’y approche, la vasque intérieure se met en rotation et déforme la surface du miroir."
- A droite, détail de Narcisse et Echo de Waterhouse.

Il est charmé de lui-même : il est à la fois l'amant et l'objet aimé; il désire, et il est l'objet qu'il a désiré; il brûle, et les feux qu'il allume sont ceux dont il est consumé. Ah ! que d'ardents baisers il imprima sur cette onde trompeuse !

Il pleure, l'eau se trouble, l'image disparaît; et croyant la voir s'éloigner : "Où fuis-tu, s'écria-t-il, cruel ? je t'en conjure, arrête, et ne quitte point ton amant.


Ainsi, brûlé d'une flamme secrète, l'infortuné se consume et périt. Son teint n'a plus l'éclat de la rose et du lis; il a perdu cette force et cette beauté qu'il avait trop aimée, cette beauté qu'aima trop la malheureuse Écho.

Est-ce l'ombre de la pauvre nymphe Echo qui se cherche dans le miroir de Narcisse d'où avait disparu l'image de son bien-aimé?

Bo Reudler studio - Narcisse, 2005

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à gauche, un Narcisse de Pompéi,
à droite celui du Caravage

On avait déjà préparé le bûcher, les torches, le tombeau; mais le corps de Narcisse avait disparu; et à sa place les Nymphes ne trouvèrent qu'une fleur d'or de feuilles d'albâtre couronnée.

Les textes en italique sont extraits des Métamorphoses d'Ovide, livre III,(339-510)

à suivre...
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