Je voudrais fêter votre jour de naissance aujourd'hui.
Non, je n'aurais pas l'indécence de donner votre âge, vous êtes éternellement jeune!
Sarah Bernhardt à 21 ans, photographies Gaspard-Félix Tournachon dit Nadar
Vous pour qui Jean Cocteau inventa l'expression de
Monstre Sacré, vous fûtes l’inspiratrice de Marcel Proust pour ses pages sur la Berma, d’ Oscar Wilde pour "Salomé", d’Edmond de Goncourt pour "la Faustin", d’Henry James pour sa "Muse tragique". Loti, Daudet, Sardou, les Guitry et Rostand père et fils furent à vos genoux. Vous fascinâtes Colette et l’on raconte que vous volâtes D’Annunzio à la Duse. Si Manet vous préféra votre ennemie l’actrice Marie Colombier, en revanche les peintres Clairin, Doré, Mucha, le photographe Nadar firent de vous leur égérie. Inspiratrice de Lalique, Doucet, Poiret, Worth, vous fîtes la mode : on copia vos lignes débarrassées du corset, vos lourdes ceintures sur les hanches, vos bijoux somptueux.
1 - Affiche de Mucha pour Gismonda2 - Photo Napoleon Sarony -1891Diva, vous l’étiez, à la scène comme à la ville, et le monde entier vous acclama. Vous ne laissiez personne indifférent.
1 - Sarah Bernhardt en Danaé, panneau de Georges Clairin, 18782 - Affiche de Mucha pour La Dame aux Camélias
A Sarah Bernhardt, une jeune actrice demandait :
- Comment se fait-il que vous ayez le trac, moi je ne l'ai pas ?
Et Sarah Bernhardt de répondre :
- Vous verrez quand vous aurez du talent !

Sarah dans sa loge au Théâtre de la Renaissance, dans le costume d'Izéyl -1890Excentrique, vous viviez entourée d’une ménagerie d’animaux sauvages apprivoisés, d’une cour d’admirateurs, vous dormiez dans un cercueil, vous étiez une femme libre et émancipée, on vous prêta des amours lesbiennes, vous vous êtes ralliée à Zola dans l’affaire Dreyfus, vous avez milité contre la peine de mort. Vous dont les impressionnantes crises de nerfs vous laissaient sans force, mue par un extraordinaire courage physique vous avez porté le romantisme au fin fond de l'Amérique, vous avez sillonné le continent pour porter devant les foules abasourdies, la bonne parole du romantisme français.
Vous déchaîniez passions et caricatures, vous pour qui on affréta des trains spéciaux pour vos 24 malles de costumes, vos 550 robes et 250 paires de chaussures, vous avec fait trembler les ligues de femmes puritaines américaines pour leurs époux et fils.
Vous avez écrit, peint, sculpté, dirigé des théâtres, joué 120 rôles, créé 70 pièces, choisi de vous faire amputer d’une jambe, fait chanter la Marseillaise aux Américains en 1916…
1- 2 - Portrait de Sarah Bernhardt, Georges Clairin, 1876"
Un jour ma manucure, entrant dans ma chambre pour me faire les mains, fut priée par ma sœur d'entrer doucement parce que je dormais encore. Cette femme tourna la tête me croyant endormie dans un fauteuil; mais, m'apercevant dans un cercueil, elle s'enfuit en poussant des cris de folle. À partir de ce moment, tout Paris sut que je couchais dans mon cercueil ; et les cancans vêtus d'ailes de canards prirent leur vol dans toutes les directions."
Vous aimiez Belle-Ile et aviez décidé d’y finir vos jours.
1 - Sarah Bernhardt par W. et D. Downey en 1896
2 - Bijou Lalique
3 - Belle Ile 4 - Belle Ile, pointe des poulains et fort Sarah Bernhardt"il faut haïr très peu, car c'est fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent et ne jamais oublier"

Aujourd’hui, des grosses
pivoines rose argenté vous rendent hommage en portant votre nom. Est-ce à votre chevelure qu’elles font allusion par leur volume ?
On trouve aussi, et là je m’interroge, des
petites bouchées chocolatées en forme de sein. Il est vrai que les caricaturistes avaient souligné dès vos premiers succès, votre silhouette toute fine, et vos petits seins. J’espère que vous n’en êtes pas fâchée, il parait que ces pâtisseries vous auraient beaucoup plu…

Portait par Nadar